Origine et faits historiques des Vêpres siciliennes

Suivant son histoire, les vêpres siciliennes sont un office. Ce nom, vient du latin ecclésiastique vespera, désigne l’office divin que l’on célèbre le soir. Ce mot latin, lui-même, est une translittération du mot grec hésperos, qui veut dire “coucher du Soleil”.

L’étymologie des Vêpres

Ce grand office marque la fin de l’après-midi et le début de la soirée. Dans les monastères, il est généralement célébré entre 17 et 18h du soir. Et dans les pays au climat tempéré, en période de l’Avent, sa célébration se déroule, parfois, un peu plus tôt. Plus précisément, juste avant le coucher du soleil. Il marque le changement de jour liturgique, commémore la création du monde et en célèbre la beauté.

Les vêpres diffèrent selon qu’elles sont célébrées par l’église catholique, orthodoxe ou le protestantisme. Selon l’histoire, c’est l’heure canoniale qui est apparue en premier. Le terme “vêpres siciliennes” fait référence à l’événement historique. Celui qui a eu lieu au XIIIe siècle lorsque la Sicile est devenue indépendante de l’occupation angevine.

Les faits historiques

On est dans l’histoire de Sicile, sous le règne des Angevins. Là, où la tyrannie du souverain dure depuis longtemps. Fatigué et harcelé par les abus continus, infligés par le royaume angevin, le peuple sicilien médite sur la vengeance. Pendant ce temps, le roi Charles prépare la guerre contre Constantinople. Il forme la milice pour l’attaque. Pour la défense, le monarque installe les châteaux et les emplacements stratégiques des principales villes de l’île.

Ce que raconte l’histoire, à Messine, le souverain des Angevins profite de la collaboration du vicaire Erberto d’Orléans, tandis qu’à Palerme, se trouve le ministre Giovanni di San Remigio. Avec leur permission, dans toute l’île, les officiers de l’armée commettent des actes de violence et des vols en semant la terreur. Ce qui amène les habitants de la Sicile à la limite de la tolérance.

Pendant la période de Pâques, les populations  siciliennes se rassemblent pour prier dans l’église. Même dans ce lieu sacré, ils sont contraints de tolérer les abus des fonctionnaires du fisc. Sans aucun respect, par effraction, ces derniers pénètrent dans le temple. Puis, ils recouvrent de force les débiteurs. Ceux qui n’ont pas payé leurs impôts.

Entre-temps, la foule s’est précipitée. Et après avoir menotté les malheureux, pour les transporter en prison, les galonnés lancent, à ces gens, des invectives et des insultes. Ainsi, les épisodes d’indignation des Français, contre la population locale, se succèdent. Mais le plus grave est celle qui conduit à la révolte historique des “vêpres siciliennes“.

Cet acte de révolution a lieu le soir du lundi suivant les Pâques. D’après les dates de l’histoire, c’était le 30 mars 1282. Une célébration religieuse se déroulait dans la chapelle du Saint-Esprit. Pendant les heures des vêpres, de nombreuses personnes affluent à l’église. Elles veulent prier dans la paix et le calme. Dans les prairies qui entourent la basilique, certains y restent, en profitant des premières chaleurs du printemps. D’autres dansent au son des instruments de musique.

Dans ce contexte joyeux des fêtes champêtres, soudainement, certains Français apparaissent. Ils se mêlent au peuple en adoptant un comportement arrogant et méchant, surtout, envers les femmes présentes. Immédiatement, certains hommes réagissent. Ils ordonnent aux étrangers de renoncer à leurs femmes. Cependant, ces derniers, ils n’ont pas l’intention de partir. Au contraire, ils continuent leurs provocations. À un certain moment, un d’entre eux fouille la poitrine d’une femme, sous prétexte pour trouver des armes cachées. Et par peur, celle-ci tombe inconsciente sur le sol. 

La haine et la colère, si longtemps réprimées dans les âmes des populations siciliennes, explosent violemment. Une mêlée inqualifiable se crée près de l’Eglise. Les Français, bien qu’armés, succombent tous. Dirigée par un certain Ruggero Mastrangelo, la révolte ne s’apaise pas. Elle atteint la ville.

Pour les Siciliens, une chasse impitoyable, des Angevins, commence. à un certain moment, si effrayés par une telle férocité, les Angevins ne réagissent même pas et implorent la pitié. Mais il n’avait pas d’échappatoire. Même pour les Français qui cherchent refuge dans les églises et les couvents, car une fois trouvés, ils sont de toute façon massacrés.

Le ministre du souverain, s’enferme dans son palais. Mais, avec l’intention de le tuer, la foule force la porte d’entrée. Cependant, l’homme parvient à se sauver et à s’enfuir avec sa famille. Pendant cette révolte, environ, quatre mille Français sont morts. Leurs cadavres ont été laissés dans les rues ou jetés dans de grandes fosses creusées ici et là. Dans la nuit du 31 mars 1282, les populations siciliennes se réunissent au Parlement. Ils déclarent la ville assiégée libre des Angevins. Ensuite, ils organisent une Fédération acceptant la protection de l’église. Environ, un mois après l’épisode des vêpres siciliennes, presque toute l’île était libérée de l’oppression angevine. 

Origine de l’office 

Selon l’histoire, l’office vêpres tire ses origines de la tradition hébraïque. En effet, depuis toujours, le schéma traditionnel juif : lecture – chant – prière, se trouve dans la liturgie romaine, en particulier, dans les vêpres siciliennes. De plus, à domicile, les premiers chrétiens conservaient leurs dévotions privées, selon les heures traditionnelles de la prière juive. Mais surtout, en remplaçant le Chabat, la célébration la plus importante, avec l’Eucharistie.

La cérémonie était exécutée à la nuit du samedi au dimanche. Il s’agit de l’origine des vêpres ainsi que de la messe. Même actuellement, quelques solennités majeures ont une liturgie de vigile. Celle-ci doit être célébrée le soir, intégrant ou non la psalmodie de vêpres.

En plus, le culte de l’église romaine restait différent des offices actuels. Cela, même si, pendant les deux premiers siècles et sous influence de la liturgie byzantine, il a été exécuté en grec.

Pour la liturgie de soirée, une formule oubliée de la plus ancienne, mais en latin, aujourd’hui, elle fut retrouvée. Il s’agit du psaume 141. C’était, exactement, le verset pareil de la tradition byzantine. A cette époque, saint Jean Chrysostome précisait, dans son œuvre “Expositions sur les psaumes”, que l’on le chantait sous une forme in directum. A savoir, les chants sans refrain, avec des récitations et des mélismes, et vraisemblablement par un soliste.

Le passage du grec au latin avait été effectué entre la fin du deuxième siècle et le début du quatrième siècle. Dorénavant, d’immenses évolutions de l’office de soirée, au sein de la chapelle, se commencèrent graduellement mais considérablement. 

La manifestation de l’office chez les orthodoxes 

D’après l’histoire, dans les églises d’orient, des orthodoxes et celles des catholiques de rite byzantin, on appelle cette office religieuse Litia ou Litie ou encore Litiyá. En fait, c’est une procession religieuse festive, suivie d’intercessions. Sa cérémonie se déroule, lors des jours de fête, après les grandes vêpres ou, quelquefois dans l’année, selon le Typions lorsque les Vigiles nocturnes sont célébrées.

La procession est suivie d’une liturgie appelée Artoclase. Les deux termes peuvent être utilisés pour décrire l’ensemble de ce cérémonial. Aux vêpres, après la prière des inclinaisons de tête, commence la procession. Le clergé, y compris les diacres pourvus d’un encensoir et, lorsque possible, le chœur se dirigent vers le narthex en chantant les stichères du jour. Quand la procession atteint le narthex et que les stichères ont été chantés, le diacre récite une longue série de pétitions. Ceux-ci constituent le propre de la Litia. Ils demandent l’intercession de nombreux saints et priant pour l’église et le monde. La voici : “Pour le salut du peuple ; pour ceux qui nous gouvernent ; pour le clergé ; pour tous les baptisés affligés qui demandent aide ; pour cette ville, ce pays et les chrétiens qui y vivent ; pour nos pères et frères défunts ; pour la délivrance de la famine, des épidémies, des tremblements de terre, des inondations, des incendies, de l’épée, de l’invasion des barbares et des guerres civiles… 

“Dieu, prends pitié” est chanté à plusieurs reprises, après chaque pétition.

Puis le prêtre récite une prière qui en résume l’ensemble. Ensuite, le pasteur et les diacres se dirigent vers la table d’Artoclase. Celle qui a été dressée au centre de la nef. Les autres concélébrant retournent à leurs places habituelles et les vêpres se poursuivent selon le rituel ordinaire avec l’apostiche.

Particularité de l’office sicilien 

Les vêpres siciliennes est une révolte populaire, de l’île de Sicile, contre la domination féodale française. Le 31 mars 1282, le mardi de Pâques, l’événement est survenu, à Palerme et Corleone. À la suite de cette rébellion et du massacre des Angevins. Les Siciliens se libèrent de la tutelle angevine en reconnaissant, Pierre III d’Aragon, comme roi.

L’événement est donc à la fois un moment clef de l’histoire nationale sicilienne et un tournant géopolitique. La mutinerie débute ce jour-là, avant de s’étendre progressivement dans tout le territoire jusqu’à l’insurrection de Messine, le 28 avril. Mais la tradition ne retient que le lundi de Pâques. A l’heure des vêpres, au son des cloches, se déclenche un massacre des troupes de Charles d’Anjou.

En fait, aucune source de l’époque ne permet de confirmer la date exacte ou l’heure du soulèvement. Et l’expression : vêpres siciliennes, n’apparut qu’au début du seizième siècle. À en suivre les chroniques du temps, le 31 mars, mardi de Pâques, on assiste à un pèlerinage habituel des familles palermitaines, de la porte Sainte-Agathe à l’église du Saint-Esprit. Hors les murs, on constate la présence oppressive des soldats français. Le prétexte à l’embrasement n’est pas clair. Dans tous les cas, l’étincelle est une atteinte à l’honneur. La réaction se fait violente. Les Français ainsi que le personnel administratif amalfitain sont alors traqués et massacrés. Les artisans palermitains mettent en place, un éphémère commun, avant d’être rejoints par les habitants de Corleone.

Le 30 août 1282, l’héritier le plus proche de Manfred met fin à la république fédérale. Pendant quatre mois, la république avait connu une liberté aussi extraordinaire que sanglante. Seul le château de Sperlinga n’a pas participé à la rébellion. Les documents de l’histoire témoignent de la présence de soldats angevins dans le château. Et que les habitants leurs fournissaient de la nourriture, pendant le long siège qui a duré presque 13 mois.

La légende populaire raconte, aussi, que les populations siciliennes révoltées obligeaient les étrangers à prononcer le mot “ciciru”, signifiant “pois chiche” et se prononçant “tchitchirou” pour découvrir s’il s’agissait d’un Français. 

Les sources présentent les vêpres tantôt comme un complot, ainsi comme l’anonyme de Messine. La conspiration de Jean Prochyta et ses références au soutien occulte de Pierre III d’Aragon, de Giovanni da Procida, médecin et jurisconsulte en exil depuis 1275. Tantôt, ils le considèrent comme un mouvement populaire.

Quelle que soit la réalité de ces complots, il paraît certain que Procida, alors chancelier de la couronne d’Aragon, ait noué des contacts avec les gibelins de Sicile. Le mouvement fut récupéré par Pierre III d’Aragon, massivement soutenu par l’aristocratie et la bourgeoisie catalane.

La flotte d’Aragon-catalane débarque à Palerme et chasse les troupes étrangères en dehors de l’île. Peu de Français échappe au massacre. Les émissaires siciliens apportent au monarque, Pierre, la couronne de l’île au nom de sa femme. Toutefois, son armée n’arrive pas à mettre le pied, dans la partie continentale du royaume. C’est le début de la division entre les royaumes de Naples et de Sicile, dont les deux hommes prétendent, tous deux, au même titre de roi.

Le pape, Martin IV, furieux de voir un héritier des Hohenstaufen remettre le pied en Italie, excommunie Pierre. Il donne son royaume d’Aragon, dont il est également le suzerain, à Charles de Valois, fils de Philippe le Hardi, roi de France. Ce qui donne lieu à la croisade d’Aragon.